Au delà des images triées et lissées qui caractérisent de façon assez partagée les périodes contemporaines de
guerre, le documentaire de Patrick RotmanL'ennemi intime constitue
un élément éclairant sur les faits de torture officiellement couverts lors de la guerre d'Algérie mais aussi sur la façon dont la société française les a longtemps perçus et refoulés.
A ce titre, un article de l'Humanité, (en date du 23/02/09), dénonçait le
relais donné au discours unilatéral de représentants d'anciens combattants français par le site web de la Préfecture du Gers. Relatant notamment la guerre d'Algérie, celui-ci n'utilisait par
exemple à aucun moment le terme de "torture". Le texte incriminé est aujourd'hui supprimé.
Si The Big Red One - en français Au-delà de la gloire - est un film qui commence en
1918, Samuel Fuller y retrace ses propres souvenirs au sein de l'armée américaine lors de la 2ème guerre mondiale.
J'avais vu - et quasi oublié pour tout dire - ce film avant de me lancer dans la réalisation D'Algérie. J'ai récemment redécouvert avec plaisir l'étonnant parcours des quatre soldats qui
débarquent en 1942 en Algérie - où, si l'on en croit Fuller, les Français et les Américains fraternisent après quelques échanges de coups de feu - avant de débarquer en Sicile puis en Normandie
avant de traverser la Belgique, l'Allemagne et la Tchécoslovaquie.
Outre Fuller, dont le personnage de jeune romancier sarcastique est reconnaissable à son incontournable cigare, le jeune sicilien qui négocie l'enterrement de sa mèrede façon cocasse - fellinienne oserais-je dire -contre des informations militaires et la surprenante Marthe Villalonga - qui démasque un espion allemand à sa manière de manger ! - ce film de guerre américain parvient à dégager
une vision originale et incarnée de cette période.
Connu
internationalement comme cinéaste militant - et en Italie comme le frère de Bruno Pontecorvo, physicien
nucléaire passé à l'Est en 1950 - Gillo Pontecorvo réalise La bataille d'Alger en 1965.
Avec un réalisme atmosphérique assez saisissant - le film sera utilisé par les militaires américains se formant à la guerre subversive - il retrace la bataille qui oppose en 1957 les parachutistes
de Massu aux membres du FLN d'Alger, parmi lesquels les figures emblématiques d'Ali la Pointe et Yacef Saadi. Celui-ci, en plus d'y camper son
propre rôle, est producteur du film. René Vautier, partie prenante de l'émergence du cinéma algérien, évoque dans ses Mémoires les circonstances tumultueuses de cette production, Yacef Saadi et lui-même quittant le président Ben Bella et son
directeur de cabinet avec un (gros) paquet d'argent liquide (afin de contourner les lenteurs administratives qui rendaient fou furieux Saadi !).
Recevant le Lion d'Or à la Mostra de Venise en 1966, le film devra attendre 1971 pour sortir normalement dans les salles françaises.
Les amateurs noteront au générique la présence musicale d'Ennio Morricone.