Montage d'expo pour Périscopages : AVANT/APRÈS, merci Jean Jean !
C'est pas le boulot qui manque à Périscopages. ça ne m'empêchera
cependant pas de vous préciser que donc : Algéries intimes sera projeté le samedi 30 mai à 12h à Etonnants Voyageurs (au Vauban) et D'Algérie exposé à Albi pour Rétine du 12 au 27 juin.
C'est pas beau ça ?
A Rennes en attendant, vernissage et inauguration vendredi 15 mai, 20h, aux Ateliers du Vent !
Willem, dessin paru dans Charlie Hebdo (années 90)
Ah - je n'en avais plus trace que sur une VHS un peu pourrie - j'ai remis la main surle portrait de Willemréalisé lors
de la première édition dePériscopages(en 2001) avec l'équipe deZaléa TVet mon camaradeMathieu
Renard. Ce documentaire d'une cinquantaine de minutes est, si je ne m'abuse, le premier consacré au dessinateur
hollandais... ce qui paraît tout de même assez aberrant. Et emblématique d'une forte amnésie dans les domaines du dessin de presse et de la bande dessinée.
couverture de Steinlen, L'Assiette au
beurre, numéro 1 (1901).
Légende:
"CAISSE DE GRÈVE - Et le citoyen ministre, il n'envoie rien?
- Si, 3000 hommes de troupe. "
Cette couverture del'Assiette au beurreest un extrait de presse que j'ai redessiné, parmi pas
mal d'autres tout au long D'Algérie, avec le souci de montrer une facette du contexte de l'époque. Ce journal en particulier - Willem en parle de même dans
le film - a inspiré toute la presse satirique française au XXème siècle.
Ci-dessus, couverture de Life, mai 1953.
Ci-contre, couverture de MAD #11, mai 1954 (dessin : Basil Wolverton, texte : Harvey Kurtzman).
Croisée avec cette tradition française satirico-politique, l'influence anglo-saxonne marquera la plupart des journaux de bande dessinée
qui verront le jour en France, de Pilote à Fluide Glacial en passant par Charlie Mensuel.
Mais ceci est une autre histoire (comme dirait l'autre).
D'Algérie est un livre qui n'aurait pu voir le jour ailleurs que chezun éditeur indépendant- j'entends par là un éditeur dont la globalité du catalogue est
définie, avant tout, sur des critères de création.
Cette précision semblera peut-être anecdotique aux lecteurs de mon livre (en particulier à ceux qui découvrent mon travail à cette occasion).
Elle me paraît pourtant capitale.
Aussi bien dans le contenu et son traitement que dans le processus de travail (calendrier de maturation puis de réalisation - en l'occurrence long et distendu - mais aussi dans la
réalisationde l'objetet dans son suivi ), cette dimension alternative à
l'industrie du livre est intiment liée à ma manière de travailler sur ce projet (et sur la plupart des précédents à y regarder de plus près ! ). Certains auteurs, comme Jean-Christophe Menu dans sonplates-bandesou Thierry Groensteen
dansUn objet culturel non identifié, ont développé, chacun à sa
façon, une analyse critique des rapports de la bande dessinée avec ses dimensions artistiques et commerciales.
L'organisation dePériscopages, manifestation et structure que je préside bling-bling, est une
autre façon de faire connaître ce secteur de création foisonnant.Benoît Jacquesen est cette
année l'invité d'honneur (et, à ce titre, l'auteur de l'affiche ci-dessus).
Alors que je range mon atelier, je retrouve un dessin de circonstance (Tibéri est réélu à Paris et
NTM se reforme !) découpé dans Libération il y a quelques années. Willem, donc. Je regarde son travail depuis longtemps avec bonheur mais il m'a fallu la lecture extérieure de mon éditrice pour me
faire remarquer que D'Algérie lorgnait parfois du côté de son univers graphique. Qu'on m'entende bien : je ne parle pas d'équivalence de talent hein mais bien d'influence ! Dessin
noir et blanc d'après photos, mêlant histoire et politique, avec le plaisir de combiner des images en séquences... il semblait même tellement évident que les pages de Willem aient influencé mon
oeil que j'ai réalisé, en cours de livre, une double page pour le coup volontairement référencée à son travail. Comme dirait Brassens : "le bon maître me le pardonne!". Le dessin ci-dessus n'est
d'ailleurs sans doute pas le plus représentatif de cette référence au principe de séquence développé par Willem (on regardera plutôt Eliminations paru chez les Requins Marteaux - sans oublier non plus que le tout premier livre des éditions électriques était consacré à Willem à l'occasion du premier Périscopages - ou encore les très bonnes publications des éditions Cornélius).
NB : On notera que les contraintes techniques du blog (que je maîtrise de piteuse façon) m'amènent à placer l'une sous l'autre ces deux pages fonctionnant en
double dans l'ouvrage.
Le temps de réalisation effectif de mon livre aura été assez court relativement à la durée nécessaire de documentation et de maturation (soit près de 4 ans et
demi). Les pages d'introduction ont été écrites et dessinées durant l'été 2005 puis tout le reste du livre m'a demandé environ 5 mois de travail intensif d'écriture (entre mai et septembre 2007) - qui inclut la partie graphique, dessin et découpage, de la bande dessinée.
Certains lecteurs me demandent comment j'ai choisi tel ou tel "style" de dessin.
La réponse est à la fois très simple et compliquée. Comme lecteur et comme auteur, la question du
"style" en bande dessinée - et les archétypes qu'il véhicule - m'est toujours apparue un peu artificielle : le style est-il réaliste ? franco-belge ? gros nez ou belle pépée ?...
Les chroniqueurs les plus ineptes n'hésitent d'ailleurs pas à parler généralement de "style bande
dessinée"... Le style "architecture" ou "peinture", ça vous dit quelque chose ?!
La cohérence du propos avec son moyen d'expression - et le plaisir et le sens qu'on peut en tirer - m'apparaissent primordiaux. Se poser a priori la question du style me paraît figer cette
expressivité de manière laborieuse. Je me permets de vous renvoyer ici à la précédente citation de Dubuffet.
Dans D'Algérie, mes sources iconographiques ont conditionné en partie ma façon de travailler :
dessin de mémoire ou d'imagination, dessin d'après photo, d'après film ou d'après croquis de photo ou de vidéo... le filtre de la représentation a varié, à l'image du filtre de la mémoire, mémoire
historique, mémoire personnelle ou souvenirs des témoins interviewés. Les différents niveaux de questionnement intrinsèques au processus de bande dessinée - tonalité, informations incontournables,
lisibilité, fluidité, effort demandé au lecteur, (...) - donnent ensuite - ou parfois simultanément - la forme définitive aux pages.
Un cadre stable et simple permet de faciliter ce travail : choix du noir et blanc et découpage établi autour des variantes d'un gaufrier prédéfini.
J'ai déjà évoqué ici l'influence, directe ou pas, qu'a pu exercer sur
D'Algérie l'attitude du chercheur en sciences humaines, à la fois personnellement impliqué dans l'objet de son étude (ou est-ce l'étude de son objet ?) et en réflexion
permanente.
Plusieurs lecteurs m'ont demandé si j'étais retourné en Algérie durant l'élaboration de mon livre, soit par envie, soit par nécessité
documentaire. Le seul voyage que j'y ai effectué, voyage que je relate dans le livre, date de 1988.
Je n'ai non seulement pas éprouvé le besoin d'y voyager à nouveau mais ai plutôt, par ce biais, tenté de me préserver de toute nostalgie : celle-ci risquait
bel et bien d'être aussi artificielle que déroutante.
Face au caractère souvent poignant des témoignages familiaux que j'ai pu recueillir, il s'agissait, sans bien sûr y être insensible, de ne pas oublier le point de vue choisi : le mien.
Français né plus de dix ans après l'indépendance de l'Algérie, j'ai grandi en Bretagne, région où, selon la formule, il fait beau plusieurs fois par jour.
Que faire LÀ et MAINTENANT avec ce que je suis m'apparait être la seule question qui vaille.
Malik Nejmi se pose lui aussi la question de l'héritage et de l'identité. En 2001, alors que
l'oeil électrique était encore un magazine, son comité de rédaction a reçu par la poste des photographies si
étonnantes d'intensité qu'il a proposé à Malik de faire la couverture du numéro suivant.
Aux dernières nouvelles, Malik sera présent ce soir - jeudi 13 décembre - à Khiasma pour parler de son livre El Maghreb publié encore et toujours par l'oeil électrique éditions.
Amis parisiens, si vous ne venez pas pour moi (snif), venez pour lui, il parle formidablement de son travail !
J'ai évoqué ici un film de Norman Mc Laren vu il y a quelques années et dont j'ai
oublié le nom... J'en ai tellement oublié le nom qu'il ne s'agit probablement même pas d'un film de Norman Mc Laren!
Une lectrice attentive me signale que le cinéaste néo-zélandais Len Lye, contemporain de Mc Laren, est probablement l'auteur du film auquel je
pensais en élaborant le découpage de mon livre. Contrairement à Mc Laren, celui-ci a bien réalisé un film du même tonneau expérimental sur une musique de Sonny Terry. Le morceau s'appelle
Fox Chase et le film, qui date de 1952 et dure 3 minutes, Colour cry.
Comme je n'ai pu le retrouver, en voici un autre du même Len Lye, intitulé A Colour box (1935).
Le cinéaste Norman Mc Laren a beaucoup travaillé sur les rapports de l'image et du son, notamment en réalisant des films sans caméra par le
grattage et le dessin sur la pellicule, généralement géométriques et abstraits. En élaborant le découpage
des pages D'Algérie (ci-dessus), j'ai souvent eu en tête l'un de ses films réalisé avec l'harmoniciste de blues Sonny Terry
que j'ai vu il y a pas mal d'années... J'en ai oublié le titre mais l'esprit de ce court-métrage est proche de celui ci-dessous.