Maurice Audin par Ernest Pignon Ernest, Alger (2003).
Maurice Audin, militant communiste auquel je consacre une page de mon livre, est mort pendant la guerre
d'Algérie, torturé par les parachutistes. L'auteur de la Question, Henri Alleg, lui-même arrêté par les paras,
est probablement le dernier civil à l'avoir croisé vivant entre deux séances de torture. Ernest Pignon Ernest, célèbre dessinateur et colleur, a rendu
hommage à Maurice Audin en 2003 en revenant physiquement et graphiquement sur ses pas.
Il en parle ci-dessous, interviewé par l'équipe de Siné Hebdo.
Les rencontres et projections autour D'Algérie se calent à partir d'octobre (je dois freiner un peu la bête pour garder du temps sur mes autres projets) !
En attendant peut-être de vous croiser, vous pouvez écouter là (rubrique "Salon d'écoute") la rencontre entre
Nathalie Marcault et moi-même et animée par Henri Landré aux Ateliers du vent lors du dernier Périscopages.
Lors du festival de Frontignan, suite à la projection
d'Algéries intimes, certains membres de l'assistance m'ont interrogé sur les liens entre
l'assassinat de mon oncle et de ses 3 confrères pères blancs (à Tizi Ouzou en décembre 1994) et celui des moines de Tibérihine (en 1996).
Pour beaucoup de lecteurs, comme j'ai pu le constater lors de rencontres mais aussi dans plusieurs chroniques consacrées à mon livre, le meurtre des pères blancs de Tizi Ouzou est confondu avec la
disparition des moines de Tibérihine. Est-ce lié à la plus grande médiatisation de cet évènement ? Aux circonstances troublantes de ce drame qui ont rapidementétémises en évidence ? À une
confusion plus générale dans l'esprit de nombreux Français au sujet des années 90 en Algérie ?
Certes l'objet de mon livre n'était pas de mener une enquête sur les tenants et aboutissants de la guerre civile des années 90 en Algérie mais il m'était simplement impossible de faire totalement
l'impasse sur ces questions.
Pour qui s'intéresse et s'est intéressé aux relations franco-algériennes depuis 1962, et sans pour autant sombrer dans le délire paranoïaque du complot, il apparaît nettement que celles-ci sont...
troubles ! Rapports complexes d'Etat à Etat historiquement liés par la colonisation, enjeux industriels et pétroliers considérables, instrumentalisation d'une partie des mouvements islamistes
- avant et après les attentats du 11 septembre, culture exacerbée de l'intoxication directement issue des guerres d'indépendance (l'Algérie après l'Indochine)...
Alors qu'un ouvrage comme Françalgérie, crimes et mensonges d'état désignait nommément, dès
2004, un responsable présumé des meurtres de Tizi Ouzou (ancien gendarme télécommandé par les services secrets, selon les auteurs),les affirmations récentes d'un officier françaisen
retraite, le généralBuchwalter,confortent le caractère ambigu des relations
de certains islamistes avec les mêmes services secrets et mettent même directement en cause l'armée algérienne, responsable selon lui, dans l'affaire Tibérihine, d'une bavure.
Il est notable que ses "révélations", relayées hier par la presse française, soient aujourd'hui remises en cause en première page par une partie des journaux algériens (ici, par exemple, El Watan), qui cependant soulignent également l'opacité du déroulement de ces évènements.
Ah ah ah, ce titre !
J'ai tout compris au web !
Je suis diabolique !
Combien de millions d'internautes tomberont sur cette page en espérant bénéficier de mes (éblouissantes) lumières au sujetde l'oeuvre fameuse de Georges Bataille ! Alors qu'il s'agit simplement de vous réexpliquer comment et par qui D'Algérie a été édité :
1997. Au hasard d'un tract ramassé dans une boutique de cette belle ville de Rennes, je rentre en contact avec un jeune couple d'aventuriers : elle parle anglais, lui le traduit, tous deux
veulent mettre à bas les odieux standarts industriels de la presse française. Ni une, ni deux, je leur signe un chèque en blanc (c'est une image, c'est eux qui payent) et embarque dans le vaisseau
cahotant de leurs illusions pour découvrir et affronter la jungle.
A partir de 2004 - le magazine s'est arrêté -, les projets de livre d'images et de témoignage se succèdent. Le couple fondateur travaille
d'arrache pied. Lui part cependant rapidement chambouler d'autres horizons éditoriaux. Elle persévère jusqu'à la fin 2009 avant de créer une nouvelle structure du
nom de Maison Rouge - co-éditrice D'Algérie avec l'oeil électrique éditions - et rebaptisée aujourd'hui Homecooking.
Je vous dis, c'est la jungle.
Et on n'est pas plus avancé sur Georges Bataille, ça j'avais prévenu.
Non, je ne vous ferais pas le coup de l'arc-en-ciel au pays du soleil.
Je savais que, suite à l'indépendance de l'Algérie, certains Français étaient partis en là-bas, notamment par le biais de la coopération, pour former des Algériens ou aider à la mise en place de
certaines structures ou administrations. J'ignorais par contre qu'on les appelait les "pieds-rouges". Un documentaire diffusé par France Culture (une fille qui enquête sur sa mère en
Algérie, tiens donc) a comblé cette lacune.
A écouter ici.
Pour le tournage du film documentaire Algéries intimes, réalisé par Nathalie Marcault et consacré à
D'Algérie (je vous en reparle bientôt), nous sommes passés à Marseille, notamment pour jeter un oeil au port d'où l'on peut embarquer pour Alger. Le contraste était saisissant entre
le visible enthousiasme des familles embarquées sur les bâteaux et une actualité implacable : sept kenyans morts noyés en tentant la traversée dans l'autre sens.
Ce matin, la radio m'a réveillé avec une conversation traitant des migrations.
Membre d'Amnesty international, Patrick Delouvin rappelait avec intelligence quelques vérités sur le sujet, vérités que les brouillages gouvernementaux successifs et la
démagogie ambiante tendent à masquer.
Si D'Algérie m'a demandé une longue période de maturation et de documentation c'est aussi parce que le
sentiment d'un lien entre les Histoires passées et contemporaines de la France et de l'Algérie n'était justement qu'un SENTIMENT, assez flou et simpliste au demeurant.
Les témoignages, par définition incarnés, recueillis dans ma famille comme la lecture d'analyses et d'études socio-historiques (je vous renvoie ici aux pages - à gauche - de ce blog) ont
contribué à préciser la tonalité souhaitée : un point de vue à la fois personnel et distancié, notamment vis-à-vis de tout dogmatisme historique et/ou militant.
Le travail de dessinateur de presse - a fortiori parce qu'il manie simultanément humour et actualité, c'est-à-dire l'exercice d'une distance face au présent - est soumis aux mêmes écueils. La
notion d'engagement - souvent employée de façon enfermante et limitative - m'apparaît, du fait de cette acception commmune, ambigue et inadéquate. C'est pourquoi celles de TONALITÉ et de POINT DE
VUE me semblent à la fois plus pertinentes et plus ouvertes. Le travail de dessinateurs comme Willem ou Gébé, parmi mes favoris, est souvent qualifié de "dur", "radical", "utopiste" ou "caricatural"... Cette qualification, qui pointe un
décalage ou une outrance de la réalité, me paraît inexacte : en dessin de presse comme en bande dessinée, la réalitédépasse souvent lafiction.
Ainsi des représentations et de leur Histoire, au sujet desquels j'ai tenté, dans D'Algérie, d'être mesuré. Des schémas, d'apparence invariables, nous rappellent malheureusement leur réalité
dans certaines têtes (que seules les mauvaises langues circonscriront à celles des chroniqueurs télé).
Le samedi 30 août,ici, je m'échine à retrouver et fournir quelques éléments clairs sur le prétendu
"choc des civilisations" et sur les discours généraux relatifs à l'Islam et aux musulmans.
Le lundi 1er septembre, François Fillon, vous êtes invité par Europe 1 :
Monsieur le 1er ministre, pensez au bac, c'est le travail régulier qui paye !
Attention à ne pas vous égarer dans des blagues de potache ou des provocations à la petite semaine.
Ne vous laissez pas distraire et entraîner par de prétendus meneurs de vos camarades ! A l'aube de cette nouvelle année, nous vous invitons à plus de sérieux.
Les lecteurs attentifs l'aurons noté : si ce blog est consacré à mon livre D'Algérie et à son élaboration, j'y navigue hors sujet assez
facilement. Afin de réintroduire rigueur et discipline, force principale des armées, je rédige dorénavant icides chroniques consacrées à la bande dessinée.
Et bientôt un site internet dont je vous tiens au jus.
Images, symboles, projections et... représentation.Loin d'avoir fait le tour de ces questions dans l'histoire franco-algérienne - dans mon livre mais aussi, par exemple, dans les articleslàetlà- je reste frappé par la
représentation de l'Islam très majoritairement exposée dans les discours politiques ou médiatiques.Le 11 septembre 2001 aidant les
théoriciens de tous poils, la représentation des musulmans n'a pas été en s'améliorant, chacun d'entre eux semblant dorénavant être un terroriste en puissance.Parmi les penseurs de cette nouvelle menace, SamuelHuntington a développé la notion de "choc des civilisations", brillamment démontée ci-dessous.
Hors Algériemais tout aussi intéressé par cette notion de représentation, je vous
signale la sortie en salle (en novembre) du film Chomsky & compagnie co-réalisé par Olivier Azam et Daniel Mermet. Tous les détails sontlà.
Enfin, toujours dans le sujet et d'actualité, je vous invite à découvrir ma première collaboration au site de dessin et bande dessinée Grandpapier.org, en cliquantici.