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Ne pas faire de bruit ET ne pas se taire.

Je voulais prendre le temps de revenir sur la mort de mon oncle Jean, dont l'assassinat, il y a eu 20 ans le 27 décembre dernier, constitua un des déclics pour l'écriture de mon livre D'Algérie - auquel ce blog est initialement consacré.

Je voulais prendre aussi le temps d'un long article sur René Vautier, cinéaste marquant, décédé récemment, dont j'évoquais ici les mémoires. Dire comment ce vieux monsieur, rencontré à l'époque de l'oeil électrique, m'impressionnait, par son travail, son parcours, sa détermination et, peut-être plus que tout, par sa capacité de discernement.

Comment était-il possible de s'être aussi peu gouré sur une si riche et si longue distance ?

Quel genre de type fallait-il être pour allier la poésie, la politique, l'humour, l'indépendance et une telle mise en actes de son éthique ?

Le nom d'un autre personnage du même tonneau, suscitant chez moi une admiration du même acabit, me revint immédiatement à l'esprit. C'était Gébé ! le fantastique dessinateur qui, plus d'une fois, lui aussi, avait su incarner la conjugaison du rire et de l'action.

Gébé était bien sûr étroitement associé à l'histoire d'Hara-Kiri et Charlie Hebdo. Longtemps directeur de publication de ce dernier, il occupait une place singulière dans le milieu de l'édition, sorte de phare, discret mais inaltérable, pour de nombreux professionnels et amis.

Et voilà donc que, ce mercredi, survient l'effroyable tuerie dans les locaux du journal. Que la sidération nous saisit. Et que, forcément, mes articles sur mon oncle et sur René Vautier passent à la trappe.

Que faire ? Comment sortir de la seule émotion ?

On se réunit, physiquement, sur des places publiques, un pas de côté des écrans et du flot numériques. C'est bien, c'est bon, c'est vivant.

Mais, bien sûr, ce n'est pas suffisant. Déjà déferlent les délires complotistes, les récupérations lamentables et cyniques, les justifications absurdes (ne l'avaient-ils pas un peu cherché?) et les agressions anti-musulmans. Déjà se dessinent les éventuelles tentations sécuritaires, celles que le gouvernement américain n'a pas su éviter après le 11 septembre et que dénonce avec force et acuité Robert Badinter.

Comment ne pas se taire sans participer soi-même aux bruits parasites qui brouillent les ondes et l'appréhension claire de la situation ?

Chacun, avec d'autres c'est pas plus mal ( comme ici à Canal B ), réagit comme il peut.

Dessinateur, je dessine.

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